Frigorifié

08/12/2012 16:05

Brrrr… Brrrr... Qu'il fait froid ici. Le pire c'est que je ne suis pas ici de mon plein gré. Oh ! Je n'aurai jamais dû accepter ce pari vraiment absurde. Je suis vraiment stupide de l'avoir accepté. Oh ! Quand j'y repense... J'étais tranquillement au chaud sous mes couvertures ce matin encore.

Bon, voyons le côté positif de cette situation. J'ai à manger, au moins je ne vais pas mourir de faim.
Et puis quelqu'un va bien venir m'ouvrir un jour.

Je vais m'asseoir en attendant qu'un « sauveur » ait l'idée de me délivrer … Ou ait peut-être faim. Je n'ai que ça a faire de toute façon...

C'est tout petit ici en fait. J'ai tout juste la place de m'asseoir.

 

La veille.

Aujourd'hui, mes amis viennent regarder un match de rugby.
Pizza, bière, cigarette, tout est prévu pour passer une bonne soirée. J'ai été super heureux lorsqu'ils aient dit que ça se fera chez moi. En fait, je ne suis pas un des esprits fort du groupe. Mais alors pas fort du tout... Comment expliquer à quel point ?

En réalité la plupart du temps dans un groupe, on peut dire qu'il y a plusieurs « rang ».

Tout en haut, il y a le « chef » ou le meneur, ensuite viens le meilleur ami de ce dernier, après il y a les autres, les « sujets » comme j'aime les appeler qui soit dit en passant portent bien leur surnom.

Et au moins élevé des rangs, en bas des échelons, (le sous-sol si vous préférez), il y a moi. Le gars qui suit tout le temps les autres et qui est toujours là pour tout servir à tout le monde sur un plateau d'argent.

Oui ça fait un peu stéréotype mais bon, je n'en ai rien à faire. Moi je suis dans le groupe parce qu'il y a Eli.

Eli … Rien que dire ce nom, ça m'en donne des frissons. Eli, est la plus belle femme qu'il puisse exister, tous les hommes disent ça. Mais moi c'est la pure vérité. Elle pourrait gagner le concours de Miss Univers tellement elle est magnifique. Eli a de grands yeux noirs qui vous envoûtent à un point que vous voulez faire tout pour elle. Sa magnifique chevelure ébène, caresse ses épaules et encadre ses trais de son doux visage à merveille.

Sa meneuse sort avec mon meneur donc comme les deux chefs veulent souvent être à deux, les deux groupes sont presque tout le temps ensemble. Donc on se voit beaucoup, même si elle ne fait pas attention à moi. Bien sûr, elle est une « meilleure amie » alors normal qu'elle ne fasse pas attention à un gars du sous-sol comme moi.

 

On toqua à ma porte, j'allai alors ouvrir. Dans le cadran de la porte se tenaient mon groupe, encore une fois en avance d'une ou deux heures. Ils entrèrent sans attendre mon avis. Louka, me tapa sur l'épaule pour me saluer. Louka est le meneur du groupe. Vous savez bien, c'est celui qu'on écoute tous et tout le temps, celui qui prend des décisions « importantes » pour le groupe comme « Dans quel bar allons-nous ? » ou « Prends plutôt des chips au lieu des bonbons », enfin vous voyez...

Les autres entrèrent sans me porter la moindre attention à l'exception de Ken qui lui me lança un regard noir. Ken, c'est le meilleur ami du meneur. C'est le genre de type avec qui tu peux facilement être ami, mais osez adresser la parole à Louka et il vous inscrira sur sa liste noire par crainte qu'on lui vole sa place. C'est normal, il a la place la plus convoitée de tous.

Mon groupe s'assit devant la télévision. Mon meneur attrapa la télécommande et mis la chaine où devait être diffusé notre match. Comme la troupe était en avance, la chaine diffusait encore une émission de cuisine.

Louka nous signala que les filles allaient arriver dans pas longtemps, quelques choses du genre de dix minutes.

Je scrutais attentivement mon horloge alors que mon groupe avait engagé une conversation sur tel ou tel joueur. En réalité, c'était plutôt Ken et Louka qui discutaient : tous mis à part Ken étaient du côté de Louka. « Le meilleur ami » est le seul à oser s'opposer à Louka. Les autres, les « sujets » comme je les appelle, soutiennent Louka dans ses moindres avis ou décisions même les plus mauvaises. Ils me font un peu rire, ces « sujets », toujours là à une fête pour essayer d'avoir la place du meilleur ami ou du meneur lui-même. Ils font tout pour y arriver même si c'est raté d'avance.

Une musique retentit et quelque chose vibra dans le pantalon de Louka. Tous se turent. Il en sorti un de ces nouveaux téléphones portables tactiles et super fins. Ses sourcils se froncèrent lorsqu'il lut le nom qui s'affichait sur son écran.

 

C'est Alice. Nous informa-t-il avant de décrocher.

Mon meneur se leva et se mit dans un coin tranquille de la pièce pour parler en paix. Alice c'est la petite amie de Louka, autrement dit la meneuse d'Eli. Les filles devaient déjà être ensemble donc ma Belle était certainement à proximité du combiné. Rien que d'y penser cela me faisait frémir.

Le reste du groupe reprirent la discussion :

Moi je te dis que c'est eux qui vont gagner la coupe.
Ken soupira, bu une gorgée de sa bière et reprit :

Impossible depuis que beaucoup de leurs joueurs sont partis, ils sont foutus !

Louka revint avec une tête qui semblait dire que quelque chose n'allait pas avec Alice.
– Hé mec, ça va ? Demanda Ken soucieux.
Mon meneur secoua la tête.
– Non, les filles ne viennent pas, Alice a la grippe.


Tout le monde fut déçu par cette révélation et personne ne le cacha. Je souris intérieurement, encore un exemple que tout le monde suit son « chef ». Uniquement Alice était malade et cela n'empêchait pas les autres filles de venir. Après c'est vrai que les filles sont plus solidaires que nous, les hommes. Dans ce genre de situation ou quand l'une fait une grosse déprime, tout le petit groupe se ramène chez elle pour se regarder un film ou quelque chose dans le genre.

Perdu dans mes pensées je n'entendis pas que Louka me parlait.
– Nicos. Je te parle !
– Hein ? Oui, oui.


Il me regarda d'un drôle d'air et eut un petit sourire en coin. Louka avait quelque chose de « croustillant » comme il dirait à me révéler. Mon meneur laissa planer le suspens. Cela devenait insoutenable et ça avait tendance à m'agacer surtout venant de lui. Il croisa ses bras sur sa poitrine musclée. Je n'avais jamais vu à quel point il pouvait l'être. Un buste bombé et puissant, autant que les bras pliés dessus. Tellement puissants qu'un seul coup de poing pouvait mettre quelqu'un à terre.

« Pourquoi je fais attention à ça moi ? » me demandais-je.

Est-ce parce que l'attente était devenue insoutenable donc je prêtais attention à de ridicules petits détails ? Ou parce que j'avais simplement… Peur ?

Peur de quoi ? Qu'il me frappe ? Qu'il me batte comme un animal ?
Cette pensée me fit rire.

Lui, me frapper ? Il n'oserai quand même pas...

Si ? …


Lorsque Louka jugea qu'il avait laissé le suspens assez longtemps, il me dévoila avec son sourire malicieux aux lèvres :

Eli te dit bonjour.

Je sentis que mes joues devenaient rouges. Et le sourire de mes amis montrait que cela devait vraiment se voir. Le sourire de Louka s'évanouit aussitôt, il reprit son habituel air sérieux.

Allez Nicos, va nous ouvrir tes bouteilles de vodka, je sais que t'en a dans ta cage d'escaliers.

J'obéis de suite. Je gardais ces bouteilles pour de grands événements, comme il ne se passe jamais rien chez moi, autant les sortir aujourd'hui.

Le match commença et la soirée passa tranquillement. Entre les cris de joies lorsque notre équipe marquait, les « Ooooh » aux moments où tout se jouaient et les quelques déceptions, tout se passa bien. Au fur et à mesure, la dizaine de bouteille de vodka diminuait à vue d'œil. Personnellement je ne bus que quelques gorgés, je supporte très mal l'alcool et ces quelques gorgés pouvait déjà me mette en état d'ébriété. Mais les autres je pense bien qu'il ont dû prendre beaucoup plus, la plupart étaient déjà visiblement saoul et certains avaient vomi dans les toilettes, dans la baignoire ou dans les plantes de mon appartement …

Le match se finit enfin, je proposa à mon groupe de rester finir la soirée et de dormir ici. Tous acquiescèrent. Très vite nous nous sommes mis à jouer au jeu de la bouteille, un jeu ridicule d'après moi et puis je pensais qu'ils auraient eu une meilleure idée venant d'eux ou plutôt de Louka qui avait bien entendu choisit. Mais bon, un gars du « sous-sol » n'a pas son mot à dire. Mon meneur fit tourner la bouteille sur elle-même. Je pria que cela ne tomba pas sur moi, je n'avais pas la tête à jouer à ce jeu de gamin.

Lorsqu'elle s'arrêta, tout le monde regarda qui était désigné et comme par le plus grand des hasards, le goulot était pointé vers moi.

Alors, mon petit Nikos. Action, Chiche ou Vérité?

Je réfléchis rapidement, j'eus un peu peur de ce qui m'attendait si je répondais « action » ou « chiche ». Et si je disais « vérité », ils m'auraient posé des questions assez personnelles mais d'un côté, à cause de l'alcool, le lendemain tout cela sera oublié. Alors je n'hésitai pas.

Vérité !

Ah ah, le téméraire ! Il a pris « Action », alors que vas-t-on te faire faire?
– Mais non ! J'ai pris vé...
– Tututu pas de blabla , t'as choisis Action donc c'est action ! Trancha mon meneur.

Je n'osai pas le contredire. Oui ça c'est tout moi... Toujours à se laisser faire sans se plaindre.

Je sais ! S'exclama-t-il.

Il prit son écharpe posée sur le fauteuil de mon salon et me banda les yeux avec. Ils m'indiquèrent de ne pas bouger. Alors que je me trouvais seul assis par terre, j'entendis du grabuge. Que préparaient-ils encore ceux-là ? On me demanda de me lever, ce que je fit et on m'accompagna à un endroit de mon appartement. Lorsqu'on me débanda les yeux, je me trouvais face à une porte blanche. La porte d'un de mes meubles de cuisine. Une grande partie de ce qu'il y avait d'origine à l'intérieur jonchaient sur le sol. Ils ne voulaient quand même pas que je ...

Rentre !

On ouvrit la porte et quelqu'un me poussa violemment à l'intérieur. Ma tête se cogna brutalement sur un mur. Non non, ils n'oseraient pas m'enfermer la-dedans! J'espérai qu'ils leur restaient un peu de lucidité pour ne pas faire ça mais je vis avec horreur que la porte se refermait. Ils avaient osé ! Je donnai un coup d'épaule dans la porte mais elle ne voulu pas s'ouvrir. Bien sur, ils avaient dû la bloquer pour que je ne puisse pas sortir.

Ouvrez-moi, c'est pas drôle !

Je ne cessai pas de les appeler.

Personne ne répondit.

Personne ne m'ouvrit.

 

Dans le journal du lendemain, on pourra lire sur la une, entre le résultat d'un match de rugby et les chiffres de la bourse.

«  Un corps retrouvé dans un frigo. Les amis de la victime, ayant un peu trop bu l'auraient enfermé suite à un pari et l'aurait oublié. »